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Club IMA - lundi 21 février 2005


«L’après-élection en Palestine»



Préalablement à la séance, le président de l’Institut du monde arabe, M. Yves Guéna a rappelé son souhait de voir l'IMA s'intéresser au monde arabe contemporain et, sans en méconnaître les risques, traiter l'actualité sous ses aspects les plus immédiats. C'est le cas du présent Club IMA consacré à l’après-élection en Palestine.

Ont pris part aux débats : Mme Leïla Shahid, déléguée générale de Palestine en France, MM. René Backman, rédacteur en chef au Nouvel Observateur, Thierry Le Roy, conseiller d'Etat, membre de la délégation d'observateurs européens pour les élections en Palestine et Elias Sanbar, historien et rédacteur en chef de la Revue d'Etudes Palestiniennes. Modérateur : M. Farouk Mardam-Bey, conseiller culturel de l'IMA.

Les élections palestiniennes se sont déroulées de manière très démocratique, malgré l'occupation israélienne et les nombreux check-points, soulignant la maturité politique du peuple palestinien. Les points suivants ont été abordés :

  • A la différence des élections qui s'étaient déroulées auparavant en Afghanistan et de celles qui ont eu lieu trois semaines plus tard en Irak, contrôlées par la puissance occupante, les élections palestiniennes ont été entièrement organisées par les autorités palestiniennes. Elles se sont déroulées, de l'avis des observateurs occidentaux sur place, dans un climat serein, avec une très forte implication des Palestiniens – et plus particulièrement des femmes qui ont tenu de nombreux bureaux de vote – témoignant d'un sens civique et d'un désir de démocratie exemplaire pour la région. Une grande mobilisation a été notée aux réunions préparatoires qui furent nombreuses et très suivies.

    On estime le taux de participation à 60 %, sans qu'on puisse avancer un chiffre précis. Les listes électorales posaient problème par rapport aux listes d'état civil qui n'étaient pas à jour. Toutes les couches de la population ont pris part au vote, les réfugiés vivant dans les camps sont venus en masse, les campagnards ont été nombreux à voter cependant que les citadins ont été relativement peu mobilisés. Un désir manifeste du respect de la liberté des votants analphabètes a été noté chez les quelque 7000 enseignants et les nombreuses femmes qui s'étaient impliqués dans l'organisation du scrutin.

  • Ces élections se distinguent de celles de 1996, qui se sont déroulées au lendemain des accords d'Oslo, dans un climat d'enthousiasme et de grand espoir. La situation est différente avec des villes occupées ou cernées par quelque 700 points de contrôle, un bilan d'intifada lourd de plus de 4 000 morts. Le climat prédominant fut souvent marqué par un certain scepticisme sur l'utilité d'une pareille consultation, ce qui peut expliquer l'abstention d’une partie de la population.


  • Bilan
    Des conséquences immédiates à l'avantage d'un président légitimé par l'élection :

    - les brigades d'Al-Aqsa se sont déclarées prêtes à faire confiance au Président ;

    - le Hamas avait préconisé l'abstention mais a reconnu n'avoir pas été toujours suivi par ses partisans. Il se déclare maintenant prêt à participer aux prochaines élections législatives ;

    - l’un des principaux acquis réside dans le fait que les deux parties apparaissent maintenant en équilibre de position alors que jusque-là, les Israéliens cherchaient à dicter leurs conditions sans jamais rien offrir en contrepartie. En effet, les Israéliens ont, au lendemain des élections, déclaré vouloir mettre fin à leur politique de démolition des maisons, reconnaissant que cette politique avait été inefficace dans leur lutte contre le terrorisme ;

    - M. Mahmoud Abbas a, en outre, obtenu que le Hamas consente à une trêve, ce qu'aucun bombardement israélien n'était parvenu jusque-là à obtenir ; et, fait très important, que cette organisation accepte la résolution 242 du Conseil de Sécurité, donc l’existence d’Israël dans les frontières du 4 juin 1967 ;

    - enfin, le fait majeur est que les Etats-Unis, comme ils l’avaient fait au lendemain de la Guerre du Golfe en 1991, ont paru vouloir s'impliquer réellement dans le conflit israélo-palestinien, le Président Bush ayant insisté sur son souhait de deux Etats dans des frontières sûres et reconnues.


  • Les perspectives
    Les intervenants s'accordent à penser que l'espoir est réel mais fragile. La balle est dans le camp israélien.

    - Il est important que le retrait unilatéral de Gaza ne sonne pas la fin du processus et que les Israéliens se retirent ensuite de Cisjordanie ;

    - que les problèmes décisifs que constituent les réfugiés, les colonies de peuplement et Jérusalem, puissent être abordés dans le respect de la légalité internationale, et qu'une solution juste et durable soit trouvée ;

    - et que les instances internationales, l'Union Européenne et les Etats Unis, pèsent de tout leur poids pour faire aboutir le processus de paix.


Pour en savoir plus
Contact : Farouk Mardam-Bey, organisateur du Club IMA et modérateur.

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