…Fawzy Al-Aiedy est né à Bassora, dans le sud de l’Irak, vers 1950,« entre deux grandes pluies ». Très tôt il est attiré par le Oud mais à l’école de musique on le juge apte à jouer du hautbois, qu’à cela netienne il apprendra à jouer des deux instruments. A l’académie des Beaux-Arts de Bagdad, dont il sort diplômé en 1968, il côtoie des virtuoses de la musique classique irakienne. Mais perpétuer une tradition séculaire ne lui suffit pas : « j’ai rapidement commencé à écrire mes propres compositions. Depuis le commencement, mon chemin est celui d’un musicien contemporain. Je n’offre pas une
interprétation des classiques de la musique arabe, je bâtis une oeuvre personnelle sur le terreau de la musique traditionnelle », dit-il.Le musicien quitte l’Irak, et s’installe en France à Paris en 1971, pour fuir la dictature. Il suit des cours approfondis à l’Ecole nationale de musique de Boulogne-Billancourt, y obtient des prix, découvre Leonard Cohen et Georges Brassens, apprend la soif d’autrui et développe un style inédit. Au fond il ne tournera jamais le dos à ses origines, cette formidable matrice que constitue le répertoire oriental qui invite à la sérénité et les musiques populaires qui convient à la
danse. Celui qui refuse le mot fusion en a fait une synthèse personnelle avec influences plus à l’ouest, un savant dosage entre écrit et improvisé, entre modes et mélodies, entre arabesques e ltignes droites. Fawzy Al-Aiedy tient aussi de l’alchimiste. Plus encore, il invente un modèle de musicien issu de la tradition.
A l’occasion du festival les Nuits européennes, il créé Radio Bagdad,mêlant les influences de son passé mésopotamien et ses nouvelles pistes musicales. Se rappelant au passage de l’endroit où il croisât un jour la route d’un certain Saddam Hussein qui lui fit prendre le chemin de l’exil. Dans son jeu, Fawzy Al-Aiedy invente des relations neuves entre les genres, souvent segmentés de l’art arabe, mais aussi de la musique occidentale. La world music, ce regard très exclusif, ce soupçon d'exotisme, ça l'amuse. Plus sérieusement, si tant est que cette dénomination ait un sens Fawzy l’incarne comme rarement. Un musicien du monde, voilà ce qu’il est depuis trois lustres, lui l’Irakien de France qui parle plusieurs langues et joue avec des musiciens de tous les pays, qui pratique plusieurs instruments. Sur Radio Bagdad, le casting réunit dix musiciens et six
nationalités.
Ce Radio Bagdad est bâtit comme un album d’images à rêver,superposant différents niveaux de lecture et tout autant de degrés d’humour, plusieurs couches de papier musique aux subtilités qui se dévoilent à mesure des écoutes successives. « La complexité n’est pas un objectif. La beauté, oui. » D’une manière presque figurative, il mime un dialogue imaginaire entre deux poèmes, l’un médiéval et l’autre moderne. Il y a surtout dans son oud une respiration extraordinaire, une forme de poésie du mystère. Et dans le son, la sérénité d’une musique ancestrale qui conduit l'auditeur dans les cours médiévales de Bagdad, le laisse s'y étendre nonchalamment.Puis il rompt la divagation. Avec basse, guitare, percussions,batterie cornemuse et accordéon, l’oudiste invente une musique exubérante. Où les enchaînements violents laissent derrière eux de
larges cicatrices. Dans un sourire, il semble dire que la beauté naît de cette tension entre ce qu'on connaît et ce qu'on désire. Avec sa poésie d’instantanés, Fawzy Al-Aiedy nous possède…
Joël Isselé – Journaliste aux DNA
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