Un art secret


Les écritures talismaniques de l’Afrique de l’Ouest

En Afrique de l’Ouest, des hommes répondent aux besoins intimes des populations en les recevant en consultation. Parmi les solutions qu’ils leur proposent figurent, mais de façon non exclusive, la confection de talismans à écriture.
Leur origine ne se trouve pas en Afrique, mais dans le monde musulman arabe. Les modèles les plus répandus sont ceux d’al-Bûnî (m. 1225).
Transcrits sur papier, les talismans sont confiés à un cordonnier qui les coud dans diverses sortes d’amulettes. Le client, la plupart du temps illettré en arabe, ne voit jamais les écritures, exception faite des rares objets et tuniques à écriture apparente.
Sur la question du caractère autorisé ou non des pratiques talismaniques, les docteurs musulmans ont des avis divergents (ikhtilâf).
Les besoins auxquels répondent les talismans peuvent souvent être découverts à partir des textes qui les composent. Ils poursuivent deux grands types d’objectifs : l’évitement ou la protection du malheur et la réalisation d’une palette de souhaits.

L’usage d’une amulette est personnel et sa durée de vie variable. S’il lui est attribué une efficacité, elle sera précieusement conservée, transmise à des héritiers ou des amis, mais souvent disparaîtra avec son possesseur. L’amulette peut être rendue inefficace du fait d’un contact avec des choses impures, désinvestie du fait d’un changement de croyances ou d’infortunes. Une tunique coûteuse portée pour remporter des élections ou un match est abandonnée, voire jetée après la défaite, ce qui est vrai aussi pour tout objectif réalisé ou non. Ces différentes circonstances de jetage sont à l’origine de cette collection ALEP, constituée depuis 30 ans auprès de récupérateurs de la décharge à ordures de Dakar. 

Gainage d'un talisman par un coordonnier
Mbebess, Sénégal, 2012, 6' Alain Epelboin, réalisation SMM CNRS - MNHN

Commissaires de l’exposition
Alain Epelboin - Médecin anthropologue, chargé de recherches CNRS et MNHN
Constant Hamès - Anthropologue, chargé de recherches CNRS et EHESS
Assistés de Johanna Larco Laurent

 

 

 

 

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