Jordanie

Sur les pas des archéologues

Le parcours de l'exposition invite le visiteur à remonter le cours du temps, à l'instar des archéologues qui, lors de leurs fouilles, abordent les périodes les plus récentes avant d'atteindre les époques les plus anciennes.
L'aspect scientifique de la restauration des sites et des objets, fruit d'une collaboration internationale, est un des points forts de l'exposition.

La redécouverte de la Transjordanie par les Européens

La recherche scientifique en Arabie commença avec l'expédition danoise de 1761-1766 sur ordre du roi Frédéric V de Danemark. Elle comprenait une équipe « pluridisciplinaire » comme on dirait de nos jours, composée d'un philologue, d'un médecin, d'un artiste graveur et d'un mathématicien et astronome, Carsten Niebuhr, qui sera le seul survivant de l'expédition. Partis à la découverte de l'Arabie Heureuse, - où ils séjournèrent plusieurs années - ils visitèrent aussi la Syrie, la Mésopotamie, atteignirent Persépolis et Bombay avant de s'en retourner par l'Océan Indien, la Mer Rouge, touchant à Djedda, et enfin l'Égypte. La relation de Niebuhr publiée à Copenhague en 1774-78, traduite en français à Amsterdam en 1780, devait donner leur élan aux recherches à venir sur l'Arabie, tandis que la masse de documentation rapportée et les copies d'inscriptions relevées au cours du périple, notamment à Persépolis, allaient préparer la voie au déchiffrement de l'écriture cunéiforme.

Parmi les voyageurs inspirés par Niebuhr, il faut donner une place spéciale au Suisse Johann Ludwig Burckhardt (1784-1817). « Cheikh Ibrahim », voyageant en costume oriental pour le compte de la très britannique African Association, effectua plusieurs périples pour tenter de pénétrer au coeur de l'Arabie Heureuse et de l'Arabie Pétrée. Quittant l'Angleterre en 1809, il toucha Malte, Antioche, gagna Alep d'où il se rendit à Palmyre, Baalbeck et Damas. En poursuivant vers le Sud, il atteignit Pétra le 22 août 1812. La région étant peu sûre, il ne put qu'y passer, le temps de prendre quelques notes, de jeter en quelques traits le croquis d'une façade de tombe. Il tentera le voyage par le sud, en remontant le Nil depuis le Caire jusqu'à Shaudi, traversant le désert oriental jusqu'à la Mer Rouge à hauteur de Souakin d'où il s'embarqua pour Médine, marchant au Nord pendant sept jours pour atteindre Madinat Saleh, l'ancienne Hégra.
Il meurt au Caire en 1817 mais ses ouvrages, publiés en anglais dès 1822 pour le voyage de Syrie et 1829 pour le voyage d'Arabie, constituent la première étude objective des moeurs et coutumes des Arabes du désert, étude illustrée par les proverbes reccueillis auprès des tribus qui l'ont accueilli.

C'est à deux Français, Léon de Laborde (1807-1869) et Louis Linant de Bellefonds (1799-1883) qu'il revenait de rendre célèbre le site de Pétra. Malgré leur jeunesse, Léon de Laborde et Louis Linant de Bellefonds avaient chacun une riche expérience de l'Orient lorsqu'ils se rencontrèrent au Caire en 1828 et décidèrent de faire le voyage.

En 1826, Léon avait effectué avec son père Alexandre un périple qui les avait menés de Smyrne à Constantinople, à travers l'Anatolie et la Syrie du Nord jusqu'à Baalbeck, Damas et le Hauran, Jérusalem, Jérash et Amman. L'insécurité de la région les avait empêché de se rendre à Pétra, tout récemment redécouverte par Burckhardt. Alexandre dut rentrer en France, laissant Léon en Orient.

Quant à Linant de Bellefonds, ses qualités d'ingénieur et d'excellent dessinateur l'avaient fait désigner pour l'expédition scientifique du comte de Forbin lancée en 1817 pour la Grèce, la Terre Sainte et l'Égypte. Linant remonta le Nil jusqu'en Basse Nubie, se rendit à l'oasis de Siwa puis, en compagnie de l'Italien Ricci, explora le Sinaï. Il avait été brièvement au service du vice-roi d'Égypte Mohammed Ali comme ingénieur, carrière qu'il poursuivra d'ailleurs en s'occupant particulièrement de l'irrigation de l'Égypte, lorsqu'il fit la connaissance de Léon de Laborde. Notons que c'est en 1828 que Champollion put enfin réaliser son vieux rêve de se rendre en Égypte où il rencontra d'ailleurs nos voyageurs.
Ils décidèrent donc de lancer une expédition vers Pétra avec toute une caravane et une forte escorte dont le recrutement évolua au fur et à mesure des progrès de leur marche : ce furent d'abord des Égyptiens, puis des tribus du Sinaï, puis des Alaouins qui leur permirent d'atteindre Pétra où ils séjournèrent du 28 mars au 3 avril 1828. Là, ils dessinent sans relâche, se répartissant la tâche, l'un copiant une façade tandis que l'autre relève le plan et copie les inscriptions ; ils se répartissent les points de vue, l'un dessinant la vue d'ensemble tandis que l'autre s'attache à une vision rapprochée et de trois quarts.

Ils furent sans doute chassés de Pétra par la peste qui sévissait à Wadi Moussa.
Les deux auteurs avaient prévu de publier chacun la relation de leur voyage, mais le carnet de Linant est resté manuscrit, sans doute en raison des occupations absorbantes de sa future carrière. Sur les 69 planches que Léon de Laborde fit graver par des artistes célèbres, dont Achille Devéria, 14 le sont d'après les dessins de Linant, le reste d'après les siens.

La collaboration fut si parfaite qu'il n'est pas aisé de les distinguer. L'ouvrage sortit en souscription à Paris entre 1830 et 1833. Le succès fut immédiat. Outre la qualité de l'illustration, l'ouvrage se recommande par le sérieux du travail d'historien de Léon de Laborde qui avait rassemblé la totalité des sources écrites connues. Il devint le livre indispensable à tout voyageur en Orient. Il inspira notamment l'Écossais David Roberts qui réalisera dans les années 1842 à 49 un album de lithographies en noir ou en couleur. Sans prétention scientifique, mais d'une grande beauté, l'ouvrage de David Roberts donnera une large popularité aux vues de Jérusalem, de Tyr et Saïda, du Caire et du Sinaï, de Pétra enfin, dont la vue de Khazneh s'inspire de celle de Léon de Laborde.
Plusieurs autres français se sont ensuite lancés sur les traces de Laborde et de Linant. Historien de l'entourage de Napoléon III, Félicien de Saulcy (1807-1880) effectua, de 1845 à 1869 plusieurs missions scientifiques qui le conduisirent notamment autour de la Mer Morte. Pour mieux établir l'authenticité des ses observations, il eut l'idée de recourir aux services d'un jeune archéologue, dessinateur et photographe, Auguste Salzmann (1824-1872), qui exécuta toute une série de « calotypes », qui fut publiée dès 1856. Puis, le philologue Melchior de Vogüe (1829-1916) dont les travaux, avec ceux d'Ernest Renan et de Clermont-Ganneau (1846-1923), établirent la primauté de la recherche française dans le domaine de l'épigraphie sémitique qui fut le premier à récolter, dans le désert de Safa, des inscriptions sur galets de basalte qu'il envoya au Musée du Louvre. On peut citer encore Joseph d'Albert, duc de Luynes, numismate et collectionneur qui effectua en, 1864 un voyage autour de la Mer Morte, sur les traces de F. de Saulcy.

La stèle de Mesha

Il s'agit d'une stèle de victoire érigée par Mesha, roi de Moab, vers 830-805 av. J.C. L'estampage de cette inscription fut effectué par un collaborateur de Clermont-Ganneau, Sélim al-Qari, un Arabe de Jérusalem, en 1869. Ce dernier commit également, à partir de cette même inscription, une série de « faux moabites », vendus sur le marché de Jérusalem, et dénoncés par Clermont-Ganneau. La stèle a été cassée en plusieurs endroits, et reconstituée au Louvre, grâce à l'estampage.

Régions et reliefs d'un pays aux franges du désert

A la jointure des trois continents de l'ancien monde, sur le chemin des oiseaux qui migrent du froid de l'Europe et de l'Asie vers la douceur hivernale de l'Afrique, et juste avant l'éclipse du soleil de l'Orient sur la Méditerranée, se trouve un pays aux sols variés, d'un ciel pur, sec et ensoleillé, aux couleurs changeant d'une saison à l'autre, de l'aube au crépuscule.

La Jordanie est un pays du Croissant Fertile, situé dans son extrémité occidentale, aux franges du désert d'Arabie. Sa longueur, du Yarmouk au Nord jusqu'au golfe d'Aqaba au Sud, n'est que de 380 kilomètres, et dans sa plus grande largeur, entre le Jourdain et l'Iraq, elle en mesure à peine 340. Sa superficie de 89544 kilomètres carrés abrite environ 4 millions d'habitants dont le tiers vit sur les collines d'Amman, la capitale. Son seul débouché maritime se trouve au Sud, à l'extrémité septentrionale du golfe d'Aqaba. Son climat, de type méditerranéen, semi-aride au Nord et à l'Ouest, aride et hyper-aride à l'Est et au Sud, ménage de forts contrastes saisonniers : froid en hiver et chaud et sec en été. C'est un pays pauvre en eau. Néanmoins, ses villes aiment le jasmin et ses villages s'attachent à l'olivier.

A hauteur de l'actuelle Jordanie, ce déplacement qui se poursuit de nos jours a façonné un milieu naturel d'un grand intérêt, composé de trois éléments :
- La vallée du Jourdain
Le Jourdain dont les sources jaillissent dans les montagnes du Liban et de l'Anti-Liban, coule à travers le lac de Tibériade et se jette dans la Mer Morte. Dans la vallée, longue d'une centaine de kilomètres, et profondément encaissée, ce qui lui confère le caractère d'une énorme serre naturelle, poussent agrumes et essences tropicales.
- La Mer Morte
C'est le point le plus profond de la Terre (408 mètres au-dessous du niveau de la Méditerranée). Les boues de ses eaux chargées de sel sont utilisées pour le traitement de certaines maladies de peau.
- Le Wadi Araba
Au Sud de la Mer Morte, c'est une vallée à fond plat, couverte de dunes de sable, qui s'ouvre, dans sa partie méridionale, sur le golfe d'Aqaba.

Les hauts plateaux
A l'est du Jourdain, s'élèvent de hautes surfaces calcaires ou gréseuses, divisées par quatre canyons (ceux des rivières Yarmouk, Zarqa, Moujib et Hasa). Entre le Yarmouk et la Zarqa culminent les crêtes boisées de l'Ajloun, d'où l'on peut apercevoir la Méditerranée. Plus à l'Est, se trouve la ville de Jérash.
Entre la Zarqa et le Moujib se succèdent les hauteurs de la Balqa, puis les collines d'Amman, et, plus au Sud, la plaine fertile de Madaba. Entre le Moujib et la Hasa se dressent les hauteurs escarpées de l'ancien royaume de Moab. Plus au Sud, ce sont les contreforts gréseux, plus arides, qui abritent la ville morte de Pétra.

Le désert
Il couvre, à l'Est, les quatre-cinquièmes du territoire jordanien : désert noir (basaltique) au Nord-Est, gris et caillouteux à l'Est et au Sud-Est - où se dressent, de loin en loin, les ruines des châteaux omeyyades -, multicolore au Sud - du fait de l'affleurement de roches granitiques -.

La Jordanie au début de la période Islamique

Après avoir été occupés par les Perses Sassanides, puis les Byzantins, les territoires syriens passèrent sous domination arabo-musulmane, et la capitale de la nouvelle dynastie, les Omeyyades, fut établie à Damas en 661. La conquête n'affecta d'abord que la structure politique, les campagnes au peuplement araméen demeurant chrétiennes. Des membres de l'aristocratie régnante y possédaient des domaines, comme celui d'al-Fudayn, à Mafraq, au Nord-Est d'Amman, où l'on a trouvé des figurines de bronze, dont un brasero orné de scènes érotiques. Un certain nombre de châteaux construits par les princes omeyyades se trouvent en Jordanie, signe de l'importance que ceux-ci accordaient à la province de la Balqa - qui dépendait directement de Damas -. Ces châteaux, situés au centre de vastes latifundia savamment irriguées, avaient un rôle à la fois économique et stratégique.

L'un de ces châteaux, Qusayr Amra, possède des thermes ornés de fresques splendides, redécouvertes à la fin du siècle dernier par un voyageur autrichien, Aloïs Musil. Les fresques, qui recouvrent pratiquement tout l'intérieur de l'édifice, représentent des scènes de chasse et de bain, des athlètes à l'entraînement, des musiciens, des danseurs, des artisans, des scènes de la vie pastorale.

Les mosaïques et l'école de Madaba à la période Byzantine

Le territoire jordanien recèle un grand nombre de mosaïques de pavement, qui remontent à trois périodes distinctes :

- la période hellénistique et romaine (IIIe siècle av. J.C.-IVe siècle ap. J.C.): mosaïque des Muses et des Poètes découverte à Jérash par exemple.

- la période byzantine (jusqu'aux premières décennies du IVe - VIIe siècle) voit l'extraordinaire éclosion de la mosaïque, notamment dans les nombreuses basiliques. Les plus belles sont celles de l'« École de Madaba » - telle la célèbre carte de la Terre Sainte réalisée au VIe siècle - , mais aussi dans le sanctuaire du Mont Nebo, et dans les églises du village de Nebo. Les scènes représentées sont religieuses, profanes, ou même mythologiques, « Phèdre et Hippolyte », dans l'église de la Vierge à Madaba, qui date du début de la période omeyyade.

- la période omeyyade et, sans véritable solution de continuité, la période abbasside ensuite (636-750 et après) : Ce sont les oeuvres de mosaïstes connus ou anonymes ayant travaillé dans les châteaux de Qasr al Hallabat, de Qastal, de Qusayr Amra..., ou dans des églises, telle l'église St-Etienne à Umm Al-Rasas.

La présence romaine en Jordanie

La région était pourvue de centres urbains anciens et actifs, les uns fondés - ou refondés - sous les Lagides au IIIe siècle av. J.C. (Philadelphia, actuelle Amman, Gadara) ou par les Séleucides, au IIe siècle av. J.C. (Pella, Gerasa). La Décapole (les « dix cités ») formait un pôle de culture grecque en milieu sémitique. La paix romaine, à partir de la conquête de Pompée (63 av. J.C.) y instaura une période, qui dura quasiment un demi-millénaire, de développement des activités commerciales, de prospérité et de construction.

En Jordanie, la période romaine peut avant tout être caractérisée par un phénomène d'organisation et de structuration de l'espace. C'est en effet à partir de 106 de notre ère, après l'annexion de la Nabatène et la création de la province d'Arabie par Trajan, que le pays connut pour la première fois un aménagement volontaire, coordonné et de grande échelle. Cet aménagement porta aussi bien sur les villes que sur les campagnes, les zones steppiques et désertiques restant en général en marge de ce phénomène.

Pour faciliter la rapidité et la commodité des déplacements, de nouveaux axes de circulation furent créés (comme la Via Nova Traiana reliant directement Bosra à la Mer Rouge) et les anciennes liaisons routières réorganisées, normalisées, rationalisées, entretenues et surveillées, comme en témoignent les nombreux vestiges de voies antiques, de bornes milliaires et d'ouvrages de surveillance retrouvés sur toute l'étendue du territoire. En un mot, le réseau routier de la nouvelle province fut intégré à celui de l'empire dont il respecta les normes techniques.

Ce sont surtout les villes et leurs monuments qui portent témoignage de ce développement. Jérash est sans doute le site urbain le plus connu de la région. Son plan hippodamien (orthogonal) n'est pas, comme on l'a cru lontemps, un héritage de l'époque hellénistique, mais bien une innovation tardive (IIe siècle de notre ère) surimposée à une trame urbaine de type oriental.

Quant au cardo (axe Nord-Sud des cités romaines) qui mène de l'entrée de la ville au principal sanctuaire, c'était une allée processionnelle, et une voie commerciale plus qu'une véritable rue. A Jérash comme ailleurs, les habillages décoratifs occidentaux dissimulent mal la persistance de concepts orientaux, qui n'est pas étonnante, la population étant restée massivement sémite, comme en témoigne l'anthroponymie.

Pétra, capitale des Nabatéens

Le nom sémitique de la ville - reqem - livré par une inscription nabatéenne trouvée à l'entrée du siq, renvoie au caractère multicolore, et comme brodé, des rocs de grès : blancs, roses, veinés de jaune et d'ocre, ou même de bleu. La grande majorité des 3000 monuments connus de Pétra est taillée directement dans ce matériau facile à mettre en oeuvre mais friable.

Le site s'inscrit dans un amphithéâtre naturel, traversé par le Wadi Moussa, dont le siq suit le tracé. Longtemps réduite à n'être qu'une ville-nécropole, ou une ville-sanctuaire, Pétra a retrouvé aujourd'hui, chez les archéologues, son statut de ville habitée, qui doit avoir abrité, à l'époque nabatéenne, une population de quelques dizaines de milliers d'habitants, vivant dans des grottes peintes ou dans des maisons construites sur les collines, qui devaient ressembler à des villas pompéiennes.

Les quelque six cents tombeaux, la plupart anonymes, qui égrènent leurs façades sculptées le long des falaises rocheuses, ainsi que les centaines de monuments cultuels - niches à bétyle, hauts lieux de sacrifice, temples de la ville basse - donnent à cette cité un caractére insolite et puissament évocateur. Les noms de Zeus Hypsistos et d'Aphrodite, retrouvés sur des inscriptions du temple de Qasr al-Bint - Ier siècle av. J.C. - correspondent sans doute aux dieux nabatéens Dousarès et al-Uzza.

Aujourd'hui, la beauté extraordinaire du site est menacée, à la fois par la présence croissante de visiteurs, et, paradoxalement, par l'humidité : des infiltrations chargées de sel remontent par capillarité dans les falaises sculptées, mettant en péril l'intégrité des façades. Des institutions telles que l'EDF, dont c'est là un aspect de son mécénat technologique, ont fait à cet égard des propositions pour consolider la roche.

La Jordanie à l'âge du fer

1200 - 1000 av. J.C : période du Fer I A-B ; correspond à celle des Juges de la tradition biblique.
1000 - 925 av. J.C : Fer II A ; correspond aux régnes de Saül, David et Salomon.
925 - 720 av. J.C : Fer II B ; correspond à la période des royaumes d'Israël et de Juda, et, à l'Est du Jourdain, de ceux d'Ammon, Moab et Edom.
720 - 587 av. J.C : Fer II C ; de la chute de Samarie à celle de Jérusalem et de Rabbat Ammon.

Aujourd'hui, l'archéologie est devenue l'outil principal de la reconstitution historique, et la relation avec les sources écrites - écrits bibliques, inscriptions - s'est modifiée. Ainsi l'histoire du, ou des, royaume(s) de Moab, présentée par analogie avec celle d'Israël - conquête, Juges, Rois, apparaît-elle maintenant comme moins linéaire; il s'agissait plutôt d'une culture pastorale, appuyée sur un réseau de petits établissements fortifiés. Mais la date biblique de l'indépendance d'Édom, acquise par le roi Mesha de Moab, vers 845 av. J.C., est sans doute exacte. Le passage d'Israël sous autorité assyrienne, à partir de 722, permit à Ammon, libéré de toute rivalité, de s'épanouir pendant un demi-siècle : nombreuses sculptures monumentales. La destruction de Jérusalem et de Rabbat Ammon, en 687, mit fin à l'indépendance des royaumes de Juda et d'Ammon, et facilita la pénétration des nomades d'Édom, suscitant un processus de destructuration urbaine.

La Jordanie à l'âge du bronze

Bronze ancien (3300 - 2000 av. J.C.) : période marquée par le développement des sites villageois, parfois fortifiés. A la fin de la période, les villages se raréfient.

Bronze moyen (2000 - 1550 av. J.C.) : apparition de vastes villages - La période 1730 - 1550 av. J.C. est celle des Hyksos en Égypte. Ceux-ci exerçaient sans doute une forme de contrôle sur certains sites de Palestine et de Jordanie.

Bronze récent (1550 - 1200 av. J.C.) : cette période est marquée par la domination égyptienne, reflétée notamment par les correspondances diplomatiques de Tell al Amarna. Le commerce international se développe. On a retrouvé un grand nombre de sceaux et de scarabées. La stèle de Shihan, aujourd'hui au Louvre, a été trouvée prés de Kérak par F. de Saulcy, puis achetée par le duc de Luynes; elle représente un dieu guerrier.

Les premiers établissements sédentaires aux Vè et IVè millénaires dans la vallée du Jourdain : Le village Abu Hamid

Le site d'Abu Hamid présentait il y a 7 000 ans toutes les conditions favorables à l'installation d'un groupe de cultivateurs et d'éleveurs pour lesquels la chasse ne jouait qu'un très faible rôle d'appoint.

A l'origine, le village est formé d'abris en fosse, recouverts de végétaux, creusés parfois sur plus d'un mètre dans le sol. Leur succèdent des maisons rondes ou ovales moins enterrées.

Puis pendant quelques générations, l'établissement semble n'avoir été fréquenté que par des pasteurs nomades. Sols cendreux, foyers, trous de poteau, fosses, cuvettes enduites de plâtre sont les marques de leur passage. Rien n'est construit.

Peu avant 4 000 av. J.-C., des maisons sont édifiées en briques crues. Leurs plans évolueront. Vers 3 800 av. J.-C., les habitations sont formées d'une grande pièce rectangulaire à laquelle s'adjoint parfois une autre plus petite. La cuisine se fait dans les cours. Le village couvre plus de six hectares et s'ouvre sur les champs.

A certaines périodes de l'année, une partie du groupe quitte le village et transhume avec les troupeaux vers les plateaux du nord de la Jordanie et du Golan. Des déplacements ont également lieu en direction du Sud pour se procurer des matières premières (roches vertes et minerai de cuivre dans la Araba) et peut être aussi por des motifs religieux comme le suggèreraient les figurines en forme de violon et le vase zoomorphe, très proches par leur style, d'objets trouvés dans un sanctuaire à Gilat dans Néguev.

Le village Néolithique d'Aïn Ghazal

On distingue quatre phases de développement à Aïn Ghazal, établissement néolithique découvert à proximité d'Amman :

- 7500 - 6700 av. J.C. : des familles restreintes vivent dans des maisons en pierre, au sol recouvert d'un enduit de chaux. Céréales, pois et lentilles sont cultivées ; élevage de caprins. Des outils de pierre sont élaborés - faucilles, pointes de projectiles pour la chasse... - sont fabriqués sur place. Des figurines animales (boeufs, alors non domestiqués) et humaines (hommes et femmes) ont peut-être un usage religieux. Des statues faites de chaux recouvrant des mannequins de roseaux signalent peut-être un culte des ancêtres, ce qui serait corroboré par l'existence de sépultures individuelles creusées sous le sol même des maisons.

- 6700 - 5700 av. J.C. : accroissement de la population - les maisons s'agrandissent, abritant plusieurs familles. De petits édifices à absides apparaissent, sans doute des temples. A partir de 6200 av. J.C., la population décline, l'élevage des ovins remplace celui des caprins. Domestication du boeuf et du porc. L'habitat est à nouveau constitué de petites maisons simples au sol de terre battue. Des murs de clôture déterminent des parcelles. Une rue pavée remonte la colline à partir de la rivière Zarqa. Le culte des ancêtres semble avoir disparu, et les sépultures sont associées à des fosses communes. Un grand temple avec deux salles porte témoignage de la séparation entre proanos et sanctuaires (autel), qui va caractériser la construction des temples du Moyent-Orient.

- 5700 - 4700 av. J.C. : apparition de l'artisanat de la poterie. Cette période, dite Yarmoukienne, voit la mise en place d'une complémentarité agriculteurs-éleveurs. Après 2300 ans d'exploitation, les sols sont épuisés, et la population permanente disparaît, faisant place aux nomades.

 

La conservation des statues néolithiques trouvées dans le site d'Aïn Ghazal.
Ce sont des figurines humaines en plâtre, les unes en pied ou en buste, les autres représentant des visages, modelés sur des crânes. Ce dernier procédé semble avoir été fréquent, puisqu'on en trouve d'autres exemples dans la région (à Jéricho, par exemple). Du bitume décorait les yeux, et un pigment rouge, incorporé à la dernière couche de glaise, produisait une teinte rose. Ces figures ont fait l'objet d'une restauration au Smithsonian Institute de Washington.

Le rouleau de cuivre

C'est dans une grotte voisine de celle où des bergers, en 1947, découvrirent les fameux rouleaux de Qumran, qu'en mars 1952 on mit au jour un rouleau de cuivre - qui s'avérèrent n'en faire qu'un - portant un texte qui, à la différence des parchemins aujourd'hui conservés à Jérusalem, n'a pas de caractère religieux, mais consiste en une sorte de catalogue de trésors, précisément énumérés et estimés, mais dont l'emplacement semble avoir été délibérément laissé dans le vague. Il s'agit sans doute des richesses du temple que l'on aura voulu mettre à l'abri avant sa destruction en 70 de notre ère - ou bien, un siècle plus tard, lors de la révolte de Bar Kochba -.

Aprés avoir été découpé en bandes verticales, déchiffré, et publié, ce rouleau a été confié, en 1993, au laboratoire Valectra d'EDF, qui en a entrepris la restauration. L'élaboration d'un fac-similé, par moulage et galvanoplastie, a permis un nouveau déchiffrage de l'inscription.
Ce même laboratoire s'est également vu confier des objets provenant du site de Mafraq : un brasero, un brûle-parfum tripode et deux moules zoomorphes. en cette occasion, le travail d'EDF ne s'est pas limité à la restauration des objets, mais une analyse archéo-métallurgique des alliages a aussi été conduite, démontrant que les artisans d'époque omeyyade continuaient une tradition remontant à l'antiquité.

Les technologies au service du patrimoine culturel

L'opinion publique a longtemps opposé culture et technologie. L'origine de ce phénomène se trouve certainement dans un systéme éducatif qui a pris un malin plaisir à accentuer la distinction entre deux catégories d'individus. Et pourtant, que nous plongions dans le passé, observions le présent ou tentions de discerner l'avenir, tout nous incite à ne pas séparer science et culture, technologie et société. Une coopération concrète sur les problèmes précis peut ouvrir non seulement les portes de la connaissance mais aussi les voies d'un développement économique par les projets qu'elle peut engender.

Le visiteur peut retrouver les traces de cet apport technologique au cours de ce voyage à travers la Jordanie et son histoire auquel cette exposition le convie.
En suivant le cours du temps, il ne manquera pas de s'arrêter devant les trois statues, le buste bicéphale et les masques d'Aïn Ghazal, remarquablement reconstitués et restaurés par les soins du laboratoire de conservation du Smithsonian Institute. Prouesse technique remarquable qui lui permet d'admirer aujourd'hui à Paris, pour la première fois, ces formes en terre chaulée datant de 7000 ans avant J.-C..

Plus loin, d'autres témoins attendent le visiteur : les objets retrouvés il y a dix ans dans les ruines de la forteresse de Mafraq par les spécialistes de l'École Biblique et Archéologique française de Jérusalem et les rouleaux de cuivre de la Mer Morte découverts il y a 45 ans à Qumran par Henri de Contenson au cours d'une expédition organisée par cette même École.

D'un côté, des témoins rares de l'art mobilier islamique qui nous parlent de la conquête omeyyade et des premiers pas d'un art non encore affirmé, subissant la double influence de l'Orient et de l'Occident ; de l'autre, un message parvenu miraculeusement jusqu'à nous à travers deux millénaires et qui témoigne de la disparition d'un trésor lentement et pieusement amassé, prélude à la dispersion de tout un peuple.

Puissent ces quelques témoins du patrimoine jordanien, sauvés, consolidés, restaurés grâce aux techniques les plus récentes, convaincre le visiteur que les technologies modernes restent au service de l'Homme, de son désir de retrouver les traces de son passé, comme de son besoin de construire son avenir.